Environmental Defenders (ED) lance des consultations sur la foresterie communautaire sur le plateau de Lendu en Ituri.

Les peuples autochtones et les communautés locales perdent leurs terres au profit d’entreprises, et parfois même de gouvernements, sous l’impulsion d’intérêts économiques et extractifs. Cela menace leurs moyens de subsistance, leur sécurité alimentaire, leur identité et leur survie même. Dans de nombreuses provinces de la République démocratique du Congo (RDC), notamment en Ituri, au Tshopo, dans le Haut-Uélé, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ainsi que dans la région du Grand Katanga, les peuples autochtones et les communautés locales ne disposent pas de droits fonciers garantis. Ils sont rarement consultés lorsque des activités extérieures sont mises en œuvre sur leurs territoires ou lorsque des lois et des politiques susceptibles de les concerner sont à l’étude. Dans toutes les provinces de la RDC, les restrictions aux libertés, notamment la liberté de réunion, entravent de plus en plus la capacité des peuples autochtones, des communautés locales et des défenseurs des droits humains environnementaux à protéger et à promouvoir leurs droits, notamment ceux liés à la terre, aux forêts, aux lacs et aux ressources naturelles. Les défenseurs des droits humains environnementaux en RDC sont également victimes de harcèlement et de persécutions dans certains territoires.

Le modèle actuel de transition énergétique mondiale nécessite des quantités croissantes de minerais de transition, d’infrastructures et de terres. Les pressions budgétaires et les incitations de plus en plus fortes poussent à une action rapide, souvent au détriment d’une transition juste et des droits humains. La conservation de la biodiversité menée par les gouvernements constitue une autre mesure de réponse. Les actions et politiques gouvernementales en matière de conservation excluent souvent les communautés dépendantes de la forêt et les peuples autochtones des prises de décision, criminalisent leurs modes de vie et aboutissent même à leur expulsion violente de leurs terres et forêts ancestrales. Cette approche trouve son origine dans les modèles coloniaux de « conservation-forteresse », qui isolent les aires protégées des peuples autochtones et des communautés locales qui habitent ces environnements depuis des temps immémoriaux. L’extension des aires protégées se fait donc souvent au détriment des peuples autochtones et des communautés locales, qui perdent leurs droits d’accès à leurs terres, leurs forêts et leurs ressources. Or, lorsque ces programmes entraînent l’expulsion forcée des communautés autochtones et locales, les forêts et les terres se retrouvent exposées à l’arrivée d’industries extractives illégales.

La demande croissante de terres et de ressources naturelles continue de faire des terres des communautés autochtones et locales des cibles d’exploitation, d’acquisition illicite et d’accaparement foncier. Parmi les facteurs à l’origine de cette situation figurent l’extraction minière, l’exploitation forestière, l’agro-industrie et les projets d’infrastructure à grande échelle, notamment les projets d’énergie verte. Les peuples et communautés autochtones risquent de perdre le peu de terres et de forêts qui leur restent et sont confrontés à des expulsions forcées et à d’autres violations des droits de l’homme dans toute la RDC, en particulier dans la province de l’Ituri. Cette situation persiste malgré une législation nationale progressiste, notamment l’adoption de la toute première loi sur l’aménagement du territoire – une avancée historique vers une gouvernance foncière centrée sur les communautés et un développement durable en RDC –, ainsi que la stratégie nationale pour la foresterie communautaire, le Code forestier et la loi n° 14/003 relative à la protection de la nature. Malgré l’existence de ces lois, la foresterie communautaire reste largement absente dans la province de l’Ituri et son mise en place s’avère très difficile.

C'est dans ce contexte qu'Environmental Defenders (ED) a lancé les premières initiatives visant à aider les communautés autochtones et locales dépendantes de la forêt de la province d'Ituri à obtenir une reconnaissance juridique et à protéger leurs forêts et leurs terres contre les menaces, réelles ou perçues, qui pèsent sur leurs territoires. Ce travail consiste à sensibiliser les populations, à consulter les dirigeants et à recueillir les avis des communautés sur la législation forestière et leurs aspirations. L’objectif est de définir clairement les étapes des procédures initiales qui permettront aux communautés autochtones et locales de l’Ituri de sécuriser juridiquement leurs terres grâce à des concessions forestières communautaires et à la légalisation de leurs droits fonciers.

Consultations publiques sur l'ensemble du plateau de Lendu

Tout au long du mois de mai 2026, les équipes d’Environmental Defenders ont mené des consultations publiques auprès des communautés rurales du plateau de Lendu, dans la province d’Ituri, plus précisément sur le territoire de Mahagi, au sujet de la création de concessions forestières des communautés locales (CFCL). Au cours de ce mois, nos équipes ont travaillé dans cinq villages : Anguza Pajen Djuputhyeno dans la chefferie de Wagongo, Djupio Ayini dans la chefferie d’Ang’al (Anghal), Udrua à Wagongo, Umoyo Pa Mundu dans la chefferie de Djukoth, et Djupagasa Kpanyi dans la chefferie d’Ang’al (Anghal). Au cours de cette période, les équipes ont touché 933 participants, répartis par sexe et représentant différentes catégories de parties prenantes, notamment des chefs locaux, des responsables gouvernementaux, des agriculteurs et des communautés de pêcheurs du plateau de Lendu et le long de l’escarpement du lac Albert.

Les équipes ont concentré leurs efforts sur la vulgarisation du concept de concessions forestières communautaires, la sensibilisation à la législation forestière de la RDC et l’explication de l’importance des CFCL. Des sessions consacrées au cadre juridique de la RDC ont démontré que la loi congolaise autorise explicitement les communautés à créer des forêts locales afin d’en tirer de multiples avantages environnementaux et économiques et de protéger les terres contre d’éventuelles menaces. Les équipes ont également guidé les participants à travers le processus d’acquisition et les démarches juridiques et administratives nécessaires à l’obtention d’une concession forestière communautaire, tout en soulignant l’importance à long terme de ces forêts pour la survie de la population locale et des communautés autochtones et dépendantes de la forêt. Elles ont partagé des informations sur les opportunités qu’offrent la législation forestière et celle relative à l’aménagement du territoire de la RDC aux habitants de la province d’Ituri, en particulier ceux du plateau du Lendu, pour officialiser leurs droits fonciers forestiers, et se sont engagées à soutenir les communautés pour qu’elles puissent exercer et défendre ces droits ensemble.

Réactions des communautés

Les communautés rencontrées par nos équipes ont accueilli favorablement cette initiative d’Environmental Defenders et sont impatientes de s’atteler sérieusement à cette question afin de s’assurer qu’elles participent aux processus de protection, de création et de gestion de leurs forêts, ainsi qu’à la prévention des problèmes liés à la déforestation, à l’accaparement des terres et à la dépossession. C’est ce qui ressort des déclarations suivantes, formulées dans leurs propres mots, par des membres des communautés que nos équipes ont rencontrées et avec lesquelles elles ont travaillé lors de ces activités en mai 2026.

À Pajen Djuputhyeno, des participants tels que Dong’ijo Ucaki ont évoqué l’existence historique des « forêts des chefs de chefferie », aujourd’hui détruites, et ont exhorté la communauté à s’engager dans des efforts de reboisement. Pacuwegi Froincoise a soutenu cette idée, confirmant le manque catastrophique d’arbres dans son environnement.

À Djupio Ayini, les constatations étaient encore plus frappantes. Ajaruva a raconté l’histoire d’un rocher mystique qui permettait autrefois de prédire les précipitations et a déploré la sécheresse actuelle. Abedi a livré un témoignage poignant : après avoir abattu un grand arbre qui abritait autrefois des abeilles, il souffre désormais d’une hausse insupportable des températures et d’une baisse du rendement de ses cultures. Heureusement, la volonté de changement est bien réelle. Jariekonga Lelu a déclaré qu’il mettait déjà en pratique les conseils sur la culture de l’avocat diffusés dans le cadre de l’émission « Kilimo » de Terra FM, un projet mené par Environmental Defenders dans la région.

À Udrua, Piranok Akumu s'est engagée publiquement à être la première à planter des arbres, à mobiliser la population contre la déforestation et à mener les efforts visant à restaurer les forêts tropicales en voie de disparition, en invitant tout son village à passer à l'action.

À Pajen Djuputhyeno, Alimula Goy a rappelé que, bien que les terres appartiennent à l’État, la création d’un CFCL ne doit pas servir de prétexte à de futures mesures de harcèlement administratif. Uting’botu Muswa Faustin a vivement dénoncé les agents environnementaux de l’État qui extorquent quotidiennement la communauté.

À Udrua, les critiques se sont intensifiées. Thokerong’a a soulevé une question cruciale : la hiérarchie nationale peut-elle valider une forêt communautaire si la population s’organise de son propre chef, sans le soutien des autorités locales souvent absentes ? Warom, un habitant d’Udrua, a déploré que les hauts responsables ne descendent jamais à Ituri pour rencontrer la population. Unwang a ouvertement interrogé les dirigeants locaux, s’inquiétant de la pérennité du projet si le responsable politique qui soutient l’initiative aux niveaux territorial, provincial, voire national, venait à perdre les élections. Le chargé de communication d’Environmental Defenders a immédiatement répondu à cette préoccupation, en précisant que le projet n’avait aucune motivation politique : même si la RDC se dotait d’un nouveau président, si la province de l’Ituri avait un nouveau gouverneur ou si l’administration territoriale venait à changer, les lois permettant aux communautés congolaises de créer des forêts communautaires sont déjà en vigueur. Cette méfiance a été alimentée par des traumatismes passés, comme l’a rappelé Thumitho Dieudonné à Djupagasa Kpanyi. Des exploitants chinois avaient extrait des ressources minérales d’un village de Djalasiga et exploité de l’or sur le territoire de Mahagi, où il cultive la terre, en promettant de construire une école en échange, avant de partir sans jamais honorer leur engagement. Upar Muber est intervenu dans la discussion, fustigeant les autorités qui ne poursuivent que leurs intérêts personnels.

À Udrua, Raciu Kwiyocwiny a lancé un plaidoyer passionné en faveur de l’éducation des filles, expliquant que l’absence historique de scolarisation condamnait les filles à des mariages précoces et malheureux et privait de nombreuses femmes de la possibilité de participer à la gestion des ressources naturelles. Elle s’est déclarée prête à diriger le projet de foresterie communautaire, affirmant que le village possédait des forêts qui risquaient d’être perdues et que les droits fonciers des femmes étaient gravement menacés.

De même, à Djupio Ayini, Apio Françoise a insisté pour que le village acquière sa forêt afin d’encourager le retour de la faune sauvage, tandis qu’Unencan Munguromo a souligné que la restauration des forêts dégradées constituait une opportunité majeure d’emploi pour les jeunes sans activité ; si cela s’inscrit dans le cadre du projet, les jeunes en tireront un immense bénéfice.

À Umoyo Pa Mundu, Dieudonné Ringwegi Beroparwoth a fièrement évoqué l’introduction historique du café dans le village et a partagé son expertise d’agronome capable de cultiver des arbres indigènes en pleine sécheresse, tout en appelant l’État à investir dans les écoles techniques. Les participants ont clairement fait le lien entre ces enseignements et leur vie quotidienne : M. Mungunuti a dénoncé le manque de débouchés pour les produits agricoles et l'absence de soins de maternité gratuits, tandis que Mawa a réclamé une formation continue adaptée à cet environnement purement agricole.

Enfin, à Djupagasa Kpanyi, Unim Charlotte a cité l'exemple du développement transfrontalier en Ouganda pour réclamer la remise en état immédiate de la route agricole secondaire menant à Goro, qui est essentielle pour dynamiser l'économie paysanne alors que les communautés préservent leurs forêts.

L'importance de ce travail

La survie des populations rurales de la République démocratique du Congo dépend intrinsèquement de la terre, de l’eau et des forêts. Le bassin du Congo, où se trouve la riche province d’Ituri, abrite le deuxième plus grand massif de forêt tropicale humide au monde et constitue la barrière naturelle la plus efficace contre le changement climatique en Afrique. Pourtant, cet écosystème essentiel subit une pression sans précédent due à l'agriculture itinérante sur brûlis, au braconnage intensif, à l'exploitation minière illégale et à l'exploitation forestière. La disparition de la forêt perturbe non seulement l'équilibre écologique, mais menace également les droits fondamentaux des communautés locales et favorise l'émergence de nouvelles crises sanitaires.

Bien que la foresterie communautaire soit légalement reconnue en RDC, des études montrent que la mise en œuvre des concessions dépend de la compréhension et de la prise en compte des perceptions locales, des coûts administratifs et de l’implication effective des groupes marginalisés dans les décisions. Si la législation congolaise offre aux communautés des cadres juridiques innovants leur permettant d’accéder à leurs forêts et de les gérer par le biais du CFCL, l’isolement géographique et le manque d’informations empêchent les agriculteurs ruraux de tirer parti de ces dispositions.

Le CFCL offre la perspective d’une réduction de la déforestation dans le bassin du Congo, qui est confronté à plusieurs défis, notamment les conflits, l’exploitation minière illégale, la perte continue de biodiversité et l’émergence croissante de maladies zoonotiques telles qu’Ebola. Au moment où nous écrivons ces lignes, la province d’Ituri est touchée par une épidémie d’Ebola à grande échelle dont le séquençage a révélé qu’elle était génétiquement distincte des variants de Bundibugyo identifiés en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012.

Des scientifiques du Département national des laboratoires de santé et des services de diagnostic (NHLDS) de l’Ouganda et de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de la RDC ont conclu que la variante Bundibugyo du virus Ebola, actuellement en circulation, est probablement le résultat d’une nouvelle transmission à l’homme. Cette nouvelle transmission suggère que la déforestation pourrait avoir détruit une barrière naturelle qui séparait autrefois l’Ituri de la faune sauvage porteuse de cette variante Bundibugyo du virus Ebola.

La législation de la RDC en matière de foresterie communautaire offre aux habitants de la province d’Ituri, en particulier à ceux des territoires de Mahagi, Mambasa, Irumu et Djugu , une opportunité rare et durable d’obtenir des droits légaux sur les forêts qu’ils protègent et dans lesquelles ils vivent depuis des temps immémoriaux. Outre le fait d’endiguer la déforestation et la perte de biodiversité, que les Nations unies ont identifiées comme une crise planétaire majeure , la participation active des communautés de la province d’Ituri peut contribuer à réduire les effets néfastes du changement climatique. La préservation et la régénération des forêts de l’Ituri peuvent également contribuer à réduire la pollution de l’environnement mondial et aider les communautés à améliorer leurs moyens de subsistance et leur sécurité alimentaire.

Pour que tout cela soit possible, cependant, le processus de création des CFCL doit être mené et conçu par les communautés elles-mêmes, dans le cadre de leur consentement libre, préalable et éclairé (FPIC). Environmental Defenders aide les communautés de la province d’Ituri à obtenir la reconnaissance juridique de leurs forêts et à bénéficier de la protection dont elles ont besoin. Mettre un terme à la déforestation est un effort conjoint entre les citoyens, le gouvernement et la société civile qui les soutient.

Le soutien d’ED est particulièrement important car, bien que le concept de concessions forestières communautaires soit devenu très populaire en RDC ces dernières années, la province d’Ituri n’avait jusqu’à présent pas manifesté beaucoup d’intérêt pour la création de forêts communautaires. Ce manque d’intérêt a été attribué à plusieurs facteurs, notamment la présence limitée d’organisations de la société civile et d’organisations ancrées dans les communautés, capables d’accompagner ces dernières dans leurs démarches au sein du cadre juridique nécessaire. Des organisations de la société civile dotées de ressources suffisantes pourraient également soutenir les communautés dans la mise en place de CFCL et contribuer à la création de collectifs capables de travailler ensemble pour protéger cette partie du bassin du Congo.

Notre objectif est de placer sous protection au moins 600 000 hectares de forêts et de terres dans toute la région de l'Ituri d'ici 2031, et 2 millions d'hectares de terres communautaires et autochtones répartis sur cinq territoires d'ici 2035.

Les forêts, le changement climatique et les populations

Les forêts jouent un double rôle dans le changement climatique : elles constituent à la fois une source d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et une solution à ce problème. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que jusqu’à 21 % des émissions mondiales proviennent du secteur de l’agriculture, de la sylviculture et des autres utilisations des terres (AFOLU), ce qui en fait la deuxième source d’émissions après le secteur de l’énergie. Environ la moitié de ces émissions, soit entre 5 et 10 GtCO₂e par an, proviennent de la déforestation et de la dégradation des forêts. À mesure que la planète se réchauffe et que les climats locaux changent, les forêts deviennent plus vulnérables à la sécheresse, aux feux de forêt, aux ravageurs et aux maladies. Lorsque les forêts disparaissent, elles perdent le carbone qu’elles stockent, et le dioxyde de carbone qu’elles libèrent aggrave l’effet de serre. Les forêts subviennent également aux besoins de subsistance, spirituels, culturels et de moyens de subsistance de la plupart des communautés qui en dépendent à travers le monde, et ces bienfaits s’amenuisent à mesure que les forêts disparaissent.

Les forêts saines constituent de puissants puits de carbone : elles absorbent et stockent le dioxyde de carbone. Chaque année, les forêts absorbent environ 2,6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, soit environ un tiers du CO₂ rejeté par la combustion des combustibles fossiles. Entre 2001 et 2019, les forêts ont absorbé deux fois plus de carbone qu’elles n’en ont émis, offrant ainsi au monde une capacité cruciale à éliminer les GES de l’atmosphère. Selon le GIEC, le secteur AFOLU peut contribuer à hauteur de 30 % aux réductions d’émissions nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, et ce à un coût relativement faible. Des estimations montrent que près de deux milliards d’hectares de terres dégradées à travers le monde offrent des possibilités de restauration. L’augmentation du couvert forestier ainsi que la préservation et la restauration des forêts existantes sont donc essentielles tant pour lutter contre le changement climatique que pour protéger les écosystèmes à haute densité.

La préservation des forêts tropicales et la limitation de leur dégradation apportent des avantages considérables à la population et à la nature. On estime que 1,6 milliard de personnes, soit près d’un quart de la population mondiale, tirent leurs moyens de subsistance des forêts, et bon nombre d’entre elles comptent parmi les plus pauvres de la planète. Les forêts fournissent entre 75 et 100 milliards de dollars américains par an en biens et services, tels que l’eau potable et des sols sains, et abritent 80 % de la biodiversité terrestre mondiale. La dépendance vis-à-vis des forêts est étroitement liée à la pauvreté : des millions de personnes pauvres dépendent des forêts tant pour leur subsistance que pour leurs revenus, et des études indiquent que les populations pauvres et vulnérables ont tendance à se concentrer dans des zones écologiquement fragiles et à dépendre de manière disproportionnée des forêts et des services écosystémiques. Il existe toutefois des preuves solides indiquant que la gestion durable des forêts peut soutenir les moyens de subsistance ruraux, servir de filet de sécurité en période de crise et constituer une source importante de revenus et de subsistance.

La conservation des forêts constitue également l’une des solutions fondées sur la nature (SFN) les plus importantes pour faire face aux conséquences négatives du changement climatique. Les solutions fondées sur la nature visent à protéger, restaurer et exploiter de manière durable la nature afin de relever les défis liés au développement, tels que le changement climatique, la perte de biodiversité, l’insécurité alimentaire, les maladies zoonotiques, la pauvreté et le manque d’accès à l’eau potable. Elles comprennent la conservation et la restauration d’écosystèmes vitaux, tels que les forêts, les rivières, les zones humides et les zones côtières, ainsi que la promotion d’une production alimentaire durable et de chaînes de valeur qui favorisent la biodiversité. Les solutions fondées sur la nature sont particulièrement efficaces lorsqu’elles reposent sur le respect des droits et sont portées par les populations locales. Les peuples autochtones et les communautés locales jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de ces solutions. Leur rôle est particulièrement important en RDC, où une grande partie de la population dépend directement des rivières et des lacs pour la pêche, et des terres pour l’agriculture, l’élevage et la sylviculture. Au-delà du fait qu’elles constituent souvent le moyen le plus rentable de favoriser l’adaptation au changement climatique pour les groupes vulnérables, les solutions fondées sur la nature apportent une série d’avantages connexes, notamment l’amélioration de la biodiversité, de la santé et de l’environnement, ainsi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les facteurs structurels de la déforestation trouvent principalement leur origine dans la pauvreté, la croissance démographique rapide, l'insécurité alimentaire et l'accès limité à l'eau. Les conflits locaux et régionaux, ainsi que la guerre, constituent un autre facteur majeur, avec des effets en cascade qui conduisent à la déforestation et à la dégradation des sols. Les facteurs à l’œuvre dans les zones touchées par un conflit ou en situation d’après-conflit sont variés, mais ils partagent une caractéristique commune : ils sont laissés libres de se développer pendant et après les conflits. Une partie des dégâts résulte des déplacements de population, car les personnes fuyant la violence sont contraintes de s’enfoncer plus profondément dans les forêts pour se protéger, provoquant ainsi une destruction de l’environnement sur leur passage. Des études montrent également que la violence et la guerre sont étroitement liées à l’exploitation des ressources, notamment l’exploitation forestière illégale et l’exploitation minière industrielle et artisanale, ce qui entraîne la déforestation et la dégradation des sols. Dans de nombreuses régions, les guerres, les conflits politiques et les troubles civils ont affaibli une gouvernance forestière déjà fragile. La guerre et les conflits érodent directement les droits fonciers déjà précaires des peuples autochtones et des communautés dépendantes de la forêt, affaiblissent la mise en œuvre coordonnée des politiques et perturbent la gestion des aires protégées, intensifiant ainsi les facteurs mêmes de la déforestation.

À propos d'Environmental Defenders

Environmental Defenders (ED) œuvre à la préservation et à la défense des écosystèmes naturels et de la biodiversité, tout en défendant et en promouvant les droits humains et environnementaux. La mission d’ED est de protéger et de défendre l’environnement naturel, ainsi que les populations et la faune qui en dépendent. ED aspire à un monde où les populations et la faune prospèrent ensemble dans des environnements sûrs, sains et écologiquement équilibrés. Notre action s’étend à l’Ouganda et à la République démocratique du Congo, et se concentre sur des espaces naturels clés qui relient les écosystèmes et les communautés, notamment les régions de Murchison-Semliki, du plateau de Lendu, de Bili-Uélé, de Kolwezi-Katanga et d’Ituri-Epulu-Aru dans le vaste bassin du Congo.

Pour plus d'informations sur nos activités et pour savoir comment nous contacter, rendez-vous sur notre site web à l'adresse https://watetezi.org/. Vous pouvez nous contacter via le lien

© Environmental Defenders (ED), 2026.

Articles similaires